Ce qui m’anime depuis toujours est de comprendre pourquoi, au milieu du flux continu du réel, certains instants acquièrent soudain une évidence particulière.
Rien ne semble avoir changé, et pourtant une organisation apparaît. Elle nous donne l’impression d’avoir toujours existé ; notre regard ne la reconnaît qu’au moment où elle se révèle.
Ma recherche naît de cette expérience. L’œuvre n’est pas l’origine de cette apparition ; elle en est la trace.
Tout est déjà en mouvement. Les relations se recomposent, les équilibres se déplacent, les organisations se transforment.
La plupart de ces changements demeurent imperceptibles. Pourtant, parfois, une organisation émerge avec une évidence singulière. Tout semble alors trouver sa juste place, le temps d’un battement.
C’est cet instant qui constitue le véritable matériau de ma recherche.
Je mets en place les conditions d’un processus, puis j’observe. J’attends qu’une organisation émerge des relations entre les éléments. Lorsqu’elle apparaît, le geste consiste à l’interrompre avant qu’elle ne disparaisse.
Photographie, vidéo, image générative, intelligence artificielle ou installation ne sont pas les objets de cette recherche. Ce sont des instruments, choisis parce qu’ils permettent d’approcher un phénomène avec justesse.
Lorsque la question change, le médium peut changer lui aussi. Le regard, lui, demeure.
Cette recherche s’inscrit dans un territoire plus vaste que j’ai intitulé Dans l’épaisseur du temps.
J’y explore les conditions d’apparition de phénomènes qui ne deviennent perceptibles que le temps d’un équilibre.
Je ne considère pas une œuvre comme l’aboutissement d’une recherche. Elle marque un moment où une compréhension s’offre en partage, sans jamais épuiser ce qui reste à découvrir.
La recherche demeure en mouvement. Chaque œuvre en est une manifestation, née de la rencontre entre un phénomène et un regard.
Nous vivons dans un monde saturé d’images. Pourtant, plus leur nombre augmente, plus certaines réalités semblent nous échapper.
Ma recherche ne consiste pas à ajouter une image de plus. Elle cherche à créer les conditions d’une attention différente, comme une invitation à reconnaître ce qui, jusque-là, demeurait invisible.
Chaque œuvre est une invitation à habiter un instant plus longtemps.
Peut-être est-ce dans cette suspension que l’éphémère nous offre un goût d’éternité.